Des économies qui ruineront la qualité de l’enseignement

(Photo Eric Roset)

de: SSP Neuchâtel et SAEN

Non à de nouvelles économies qui nuiront à la qualité de l’enseignement et détérioreront encore les conditions de travail des enseignants!

Selon des rumeurs insistantes circulant dans plusieurs milieux, il apparaît que le Grand Conseil envisage très sérieusement, dans le cadre du budget 2018 de l’État, de dégrader une nouvelle fois les conditions de travail des enseignants, avec des conséquences funestes sur les élèves de notre canton ainsi que sur la qualité de l’enseignement. En effet, les syndicats d’enseignants ont appris que le législatif cantonal prévoyait d’augmenter les effectifs de l’école obligatoire d’un élève par classe en moyenne. Les syndicats dénoncent avec véhémence cette nouvelle mesure d’économie et s’y opposent fermement, car elle aura des conséquences néfastes sur la qualité de l’enseignement.

Aux yeux des profanes, une telle mesure peut sembler anecdotique : « Un élève de plus ou de moins dans une classe, qu’est-ce que cela change ? ». Eh bien, cela change beaucoup, surtout que l’on parle de moyenne (cela augmentera les écarts en termes de nombre d’élèves dans les classes) !

Les députés qui ignorent les conséquences de cette mesure font tout bonnement preuve d’une ignorance regrettable.

Ainsi, ils ignorent les défis imposés à l’école du 21e siècle pour former des jeunes capables de s’insérer dans un monde professionnel toujours plus compétitif. Ils ignorent également l’explosion du nombre d’élèves ayant des besoins éducatifs particuliers, qui exigent une attention spécifique et un enseignement adapté. Avec des effectifs plus importants, un enseignement basé sur la différenciation deviendra mission impossible. Et comme toujours, ce sont les élèves avec le plus de difficultés qui en paieront le prix fort !

Par ailleurs, selon l’« Enquête sur la santé des enseignants romands » du Syndicat des enseignants romands, les Neuchâtelois sont parmi ceux dont la santé est la plus atteinte. Pour rappel, le nombre d’absences de longue durée a augmenté de plus de 80 % ces dernières années (cf. enquête de 2014 du Département neuchâtelois de l’Éducation et de la Famille). Les enseignants neuchâtelois sont aussi ceux qui sont soumis aux pressions les plus lourdes (charge hebdomadaire et hiérarchie complexe) et sont les plus mal payés de Suisse romande, permettant à l’école neuchâteloise d’être l’une des moins chères de Suisse (cf. l’étude BAKBASEL commandée par l’État de Neuchâtel). Les députés souhaitent-ils vraiment une nouvelle explosion des cas de burnout, qui coûteront au final plus cher que les économies réalisées avec l’augmentation des effectifs ?

En augmentant les effectifs dans les classes, ce ne sont pas moins de 50 classes qui fermeront, avec potentiellement autant d’enseignants (voire plus compte tenu du nombre important de temps partiels) qui se retrouveront sans travail. Est-ce réellement ce que veulent les députés ?

Quant aux classes qui sont encore maintenues dans certains villages, elles risquent de disparaître à jamais. Les élèves seront alors contraints de se déplacer dans les villages avoisinants, avec les contraintes organisationnelles que cela implique pour les familles.

Enfin, alors que l’école neuchâteloise ne se porte déjà pas au mieux, voilà qu’elle doit payer aujourd’hui le prix de la régionalisation décidée en 2010-2011. Avec à la clé un double pilotage cantonal et régional, cette réforme ruineuse complexifie les prises de décisions ainsi que leur application sur le terrain, créant ainsi des inégalités de traitement intolérables entre les différents cercles scolaires. Le spectre d’une école à plusieurs vitesses n’est plus très loin…

Il y a exactement une année, les enseignants sortaient d’un important conflit social contre l’introduction de la nouvelle grille salariale et, de manière plus générale, contre la dégradation de leurs conditions de travail. Pour rappel, le Conseil d’État s’était alors engagé à préserver ces dernières. Aujourd’hui, les députés semblent avoir oublié les engagements de l’État et vouloir à nouveau déterrer la hache de guerre.

Dès lors, au vu de ce qui précède, les deux syndicats d’enseignants — SSP et SAEN — demandent aux partis politiques et aux députés de reconsidérer leur position. Nous refusons que les économies d’aujourd’hui dans l’éducation créent les laissés-pour-compte de demain.

Peu après l'envoi de ce communiqué, nous avons eu connaissance du plan d'économies du Conseil d'Etat. Il en ressort que l'augmentation des effectifs émane du gouvernement lui-même, et non seulement du législatif!

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