Signez pour une école équitable !

Lancée à la mi-août, l’initiative « Pour une école équitable et efficiente » veut cantonaliser l’école obligatoire au niveau pédagogique – comme cela se pratique dans l’ensemble des cantons.

Le SSP, le Syndicat autonome des enseignants neuchâtelois (SAEN) et la Fédération des associations de parents d’élèves (FAPEN) ont lancé conjointement une initiative populaire cantonale pour demander que l’école obligatoire soit harmonisée au niveau cantonal en matière de pédagogie.

Odile Rusca, membre du comité enseignement du SSP – Région Neuchâtel et du comité d’initiative « Pour une école équitable et efficiente », explique pourquoi cette initiative est incontournable.

Pourquoi avoir lancé une initiative pour demander que l’école obligatoire soit cantonalisée ? L’enseignement obligatoire n’est-il pas déjà chapeauté par le canton ?

Odile Rusca – Nous lançons cette initiative afin qu’il y ait moins d’inégalités au niveau pédagogique dans le canton. Nous demandons simplement que les choix pédagogiques soient cantonalisés, et non l’ensemble de l’école. Les spécificités locales resteraient.

Actuellement, bien que l’enseignement obligatoire soit chapeauté par le canton, les directeurs sont engagés par des conseillers communaux qui sont rarement des professionnels de l’enseignement. Cela crée des disparités au sein du canton, qui ne sont pas justifiables. Nous aimerions que le Département de l’éducation et de la famille (DEF) ait un droit de regard sur les initiatives pédagogiques, ce qui implique aussi que le canton devra rendre compte de ses choix par la suite.

À l’heure actuelle, lorsque nous discutons avec les responsables cantonaux et pointons des faits qui révèlent à nos yeux des dysfonctionnements, nous obtenons comme réponse: le DEF ne peut rien faire, il y a l’autonomie des cercles scolaires et les directeurs ne sont pas nos employés. Or si le DEF a un devoir de concertation avec les syndicats, les conseillers communaux n’ont eux aucune obligation de dialogue !

Nous lançons cette initiative avec la Fédération des associations de parents d’élèves Neuchâtel (FAPEN). Je pense qu’il est important de souligner cette collaboration avec les usagers du système. Cela nous pousse à travailler ensemble à un objectif commun afin de régler les absurdités les plus criantes de la régionalisation.

La régionalisation de l’école est entrée en vigueur en 2012. N’est-il pas prématuré de la remettre en question ?

Non. Six années pour comprendre que ce système dysfonctionne nous semblent amplement suffisantes.

Il va de soi que le combat syndical ne doit pas se résumer à cette initiative. Mais il nous paraît important de mener cette bataille avant que les conséquences négatives de la régionalisation ne s’amplifient.

Quel est le principal problème posé par la régionalisation ?

Pour moi, le problème principal est l’iniquité de traitement. Il y a de grandes différences entre les cercles scolaires, principalement dans les mises en place du soutien pour les élèves en difficulté. Nous ne voulons pas enlever ces décisions aux directeurs d’école, mais aimerions que le canton chapeaute leurs choix – plutôt que des politiciens locaux.

Quelle est la situation dans les autres cantons ?

Tous les cantons suisses ont une école cantonalisée au niveau pédagogique. À Neuchâtel, nous nous sommes arrêtés en cours de route. J’ai l’impression que nous sommes souvent « les bons derniers ».

Vous dénoncez également l’augmentation des coûts liés à l’encadrement de l’école, alors que le canton fait des économies dans tous les domaines, y compris dans les classes. En quoi la « cantonalisation » de l’école permettrait-elle de régler ces questions ?

À moyen terme, la régionalisation devait engendrer des économies. Or nous constatons que c’est l’inverse qui s’est passé. L’encadrement de l’école coûte plus cher. La différence, qui se monte à plusieurs dizaines de millions de francs, semble difficilement explicable autrement que par la régionalisation. Par exemple en informatique, chaque cercle scolaire utilise sa propre plateforme en plus du système officiel. Cela entraîne évidemment des surcoûts. Cantonaliser les aspects pédagogiques permettrait de choisir un système unique – ce qui, en plus, simplifierait la vie administrative des usagers et des enseignants. Le cumul de ressources lié à la régionalisation constitue une redondance évitable.

Les communes sont-elles prêtes à abandonner une partie de leurs prérogatives pour permettre d’avoir une école plus cohérente et plus équitable pour l’ensemble des élèves du canton ?

Notre initiative leur enlèverait une certaine autonomie, mais nous pensons que la cohérence de l’école doit primer. Le plus important n’est-il pas que les élèves de ce canton aient les mêmes chances de progression, où qu’ils habitent ?

Certains politiciens locaux font de la politique pour le bien-être de leur village, de leur commune, voire de la société en général; d’autres davantage par intérêt ou ambition personnelle. Pour ceux-ci, perdre du pouvoir serait certainement difficile à digérer.

Ne craignez-vous pas que le fait de donner du pouvoir au canton fasse peur aux enseignants, à un moment où l’Etat coupe dans de nombreux domaines, y compris dans l’éducation ?

Odile Rusca – La méfiance à l’égard du canton est évidemment plus que justifiée, au vu de ce qui s’est passé ces dernières années.

Dans le texte de notre initiative, nous ne parlons pas d’argent. Les budgets sont votés par le Grand Conseil, cela ne changerait donc pas avec notre initiative.

En revanche, il est évident qu’une large frange des enseignants a peur car elle n’a plus confiance en nos dirigeants – que ce soit le DEF ou le SEO (Service de l’enseignement obligatoire). Il s’agit pour nous d’expliquer que notre initiative a une visée à long terme et veut régler les absurdités les plus criantes de la régionalisation.

Nous souhaitons évidemment que les bonnes pratiques soient conservées, voire étendues au niveau cantonal.

Nous sommes cependant conscients qu’il ne serait pas judicieux de faire partout un simple « copié-collé » des mêmes pratiques, parmi lesquelles les aides, mais qu’il serait nécessaire de les adapter en fonction des besoins et des ressources locales. Cependant, le canton serait garant qu’un soutien soit apporté.

Nous sommes conscients que cette initiative n’est pas une solution miracle ni une baguette magique. Du travail et des luttes, il y en aura encore, nous n’avons aucune illusion à cet égard.

Mais il nous paraît plus sensé de pouvoir mener ces combats face à une autorité aux contours bien définis.