Questions à Marie Guinand, représentante du groupe Enseignement au SSP – Région Neuchâtel.
Le SSP et le SAEN ont dénoncé publiquement l’intégration de la période REX à l’horaire normal. Pourquoi ?
Marie Guinand – La période REX est une heure de renforcement et d’extension. Elle s’ajoute à l’horaire normal, habituellement en fin de journée. Durant cette heure, l’enseignant peut convoquer un petit groupe élèves pour leur dispenser un rattrapage ou introduire de nouvelles notions. Cette période hebdomadaire en petit groupe est distincte des cours d’appui, durant lesquels une personne intervient pour aider certains élèves. Dès la rentrée scolaire 2017-2018, REX sera intégrée à l’horaire normal. Conséquence: tous les élèves devront être présents durant cette heure. Cela va dénaturer totalement sa fonction: faire un travail avec trois élèves ou une classe de vingt, c’est totalement différent.
Quels sont les motifs de la décision du Conseil d’Etat ?
Elle répond à un objectif d’économies. La suppression de l’heure de formation générale [lire ci-contre] est remplacée par l’intégration de REX à l’horaire bloc. Du coup, le passage de 29 heures à 28 heures d’enseignement hebdomadaire pour les enseignants à temps complet, obtenu suite à la grève de l’automne 2016, ne coûtera rien à l’Etat pour ces deux degrés.
Quels sont les enjeux pour les enseignants et les élèves ?
Cette mesure ne modifie pas les conditions de travail des enseignants. Par contre, elle détériore la qualité de l’enseignement. La période REX permet en effet un travail spécifique avec les élèves choisis. Elle permet de soutenir les enfants en difficulté, mais aussi d’apporter un plus à ceux qui ont besoin d’être stimulés. On ne pourra plus faire ce travail.
Concrètement, le soutien aux élèves en difficultés sera réduit de moitié. Jusqu’à aujourd’hui, ceux-ci bénéficiaient de deux heures de soutien hebdomadaire: une période REX, plus une heure d’appui. Ils n’en auront désormais plus qu’une (l’appui). Les élèves vulnérables seront les plus touchés.
Nous avions pourtant proposé une alternative à Mme Hefti: placer la période REX en fin de matinée, ce qui aurait permis de libérer plus tôt une partie des élèves. Pour ceux qui n’auraient pas pu rentrer à la maison plus tôt, nous aurions pu trouver des arrangements.
Pour justifier leur décision, les autorités utilisent des arguments fallacieux. Mme Maire-Hefti affirme que nous pourrons travailler en ateliers avec les enfants. Mais cela, on peut déjà le faire durant le reste de la semaine. De son côté, M. Jean-Claude Marguet, le chef du Service de l’enseignement obligatoire, avance qu’il est hors de question de renvoyer plus tôt des élèves de sept ans à la maison – alors que les concernés ont entre 9 et 10 ans !
L’automne dernier, les enseignants neuchâtelois ont mené une grève historique contre un projet de nouvelle grille salariale, finalement imposée par le Conseil d’Etat. En contrepartie, ce dernier s’est engagé à appliquer sept mesures visant à améliorer les conditions de travail. À l’issue de cet accord, les syndicats appelaient le Conseil d’Etat à nouer un vrai partenariat social. Qu’en est-il, six mois plus tard ?
Nous nous sentons floués. La conseillère d’Etat nous rencontre, mais ne nous écoute pas. Nous avons reçu beaucoup de promesses après notre grève, mais le partenariat social reste une catastrophe dans ce canton. Le Conseil d’Etat veut économiser à tout prix, y compris dans l’éducation publique.
Nous devons encore nous battre pour l’application de certaines des mesures garanties par le Conseil d’Etat suite à notre grève: c’est le cas par exemple du statut des professeurs de sport, ou de la suppression des épreuves cantonales de compétences pour les 8e et 9e Harmos – qui doit encore passer le cap du Grand Conseil. Quant au processus de réévaluation des fonctions enseignantes, le mandat de départ défini par le Conseil d’Etat est biaisé, car il postule un objectif de neutralité des coûts. Si cette prérogative n’est pas retirée, nous ne pensons pas participer au groupe de travail. Nous voulons pouvoir faire une analyse de la situation et ce de qu’elle devrait être, sans que ce constat ne soit influencé par la situation financière de l’Etat. La mise en œuvre est un autre chapitre.
Dans ce contexte, comment comptez-vous faire entendre votre voix?
La décision est tombée le 12 juin (tiens-tiens), trop tard pour faire une action avant la fin de l’année.
Au mois de septembre, le SSP et le SAEN rencontreront Mme Maire-Hefti. Nous mettrons ces points sur la table. Puis, selon les résultats, nous déciderons avec nos membres de la suite à donner.
Contexte
Une économie à courte vue
Fin 2016, les syndicats apprennent que le Département de l’éducation et de la famille a décidé de nouvelles (pas en lien avec la grève) mesures d’économies sans les consulter.
À leur demande, le 9 janvier, ils rencontrent la conseillère d’Etat en charge du DEF. Madame Maire-Hefti leur annonce une série de mesures d’économies, dont la suppression d’une heure hebdomadaire de formation générale pour les années du cycle 2 (5e à 8e année Harmos). Les syndicats dénoncent cette décision. La conseillère d’Etat leur garantit cependant que la période de renforcement et d’extension (REX) ne sera pas touchée.
Au mois de février, changement de cap. Le Service de l’enseignement obligatoire communique aux directions que la période de renforcement et d’extension (REX) sera intégrée à l’horaire bloc et deviendra obligatoire pour tous les élèves.
Les syndicats SSP et SAEN font part, à plusieurs reprises, de leur opposition à ce qu’ils appellent une « dénaturation » de la période REX. Ils font des propositions alternatives. Mme Maire-Hefti confirme pourtant sa décision le 12 juin.
Le jour suivant, les syndicats dénoncent la mesure en conférence de presse. Objectif: informer les parents et la population d’une nouvelle mesure qui détériorera encore la qualité de l’école neuchâteloise et « risque de créer des coûts importants dans quelques années, lorsqu’un jeune peinera à s’insérer dans la vie professionnelle ».
