Fermeture de filières d'apprentissage dans le domaine technique

photo : Valdemar Verissimo

de: SSP Neuchâtel Enseignement

Les enseignants du CIFOM-CPLN s’inquiètent de l’avenir des jeunes qui souhaitent faire une formation postobligatoire dans le domaine technique

La décision du Conseil d’État de dualiser les formations professionnelles dans le domaine technique et de fermer quatre filières d’apprentissage en école à plein temps (dessinateur-constructeur industriel, dessinateur en construction microtechnique, polymécanicien et électronicien (1)) dès la rentrée scolaire 2019-2020 inquiète au plus haut point les enseignants du Pôle technique CIFOM-CPLN. S’ils ne s’opposent pas à la dualisation en soi, ils refusent que les suppressions de formations en école à plein temps aient des conséquences négatives sur les jeunes ainsi que sur leur emploi.

Les raisons de s’inquiéter sont nombreuses :

  • Les efforts déployés par l’État depuis une quinzaine d’années pour dualiser les formations professionnelles techniques n’ont pas abouti aux résultats escomptés. Actuellement, l’offre de places d’apprentissage est largement insuffisante pour compenser la suppression de ces quatre filières.
  • Les autorités cantonales font un « pari sur l’avenir » risqué. En effet, malgré l’incitation financière que l’État prévoit pour les entreprises formatrices, il est peu probable qu’elles soient en mesure d’assumer pleinement la formation des jeunes dans le domaine technique. Et qui prendra le relais lorsque, lors de la prochaine crise économique, les entreprises diminueront ou supprimeront leurs places d’apprentissage ?
  • Dès 2019, il sera nécessaire de trouver chaque année environ 80 nouvelles places d’apprentissage (2). Comme il sera difficile d’atteindre cet objectif, le risque est de se retrouver avec un manque de débouchés pour les jeunes qui sortent de l’école obligatoire et qui souhaitent se former dans le domaine technique.
  • Les jeunes qui ne trouveront pas de place d’apprentissage dans notre canton seront contraints de faire des choix professionnels par défaut ou d’aller étudier dans d’autres cantons, formations que l’État de Neuchâtel devra payer au prix fort. Quant aux moins chanceux, ils pourraient venir gonfler le nombre de jeunes qui se retrouvent chaque année sans solution.
  • La disparition de ces filières d’apprentissage réduira le nombre d’étudiants dans les écoles supérieures (ES) du canton, ainsi qu’à la Haute École Arc (HE-Arc), menaçant l’existence de certaines filières.
    Actuellement, les anciens élèves en école à plein temps du Pôle technique CIFOM-CPLN constituent 65% des effectifs des ES neuchâteloises. L’État ayant décidé de doubler les frais d’écolages des ES à plein temps, certaines filières pourraient disparaître, ce qui réduirait encore l’offre de formation cantonale.
    Le pourcentage d’étudiants de la HE-Arc ingénierie qui proviennent du Pôle technique CIFOM-CPLN se monte actuellement à 38%, une proportion en nette augmentation ces dernières années (passage de 20% en 2016 à 38% en 2018 !). Les porteurs de titres des écoles à plein temps étant « nettement plus enclins que les autres diplômés à poursuivre leur formation une fois leur certificat obtenu et privilégient une formation subséquente en haute école (3) », faut-il aussi s’inquiéter de l’avenir du domaine ingénierie de la HE-Arc ?
  • Pour valoriser la formation duale, l’État met en avant le fait qu’un « porteur d’une certification acquise en mode dual met deux fois moins de temps à s’insérer que celui qui a obtenu sa certification en école à plein temps3 ». Cependant, les recherches d’emploi durant respectivement 1,6 et 3,5 mois3, la différence est totalement insignifiante.
  • Les enseignants du Pôle technique CIFOM-CPLN paieront un lourd tribut à cette réforme avec la suppression de 8 équivalents plein temps (EPT) d’ici 2022 (sans compter les départs à la retraite et les enseignants non nommés). Pendant quatre ans, ils travailleront dans un climat délétère, se demandant qui sera le prochain sur la liste. Ces suppressions de poste engendreront aussi la disparition d’infrastructures, de machines et d’un précieux savoir-faire.

Pourtant, des solutions alternatives à la suppression de ces quatre filières à plein temps sont envisageables. A titre d’exemple, il serait possible de maintenir et de renforcer le partenariat flexible entre les entreprises et l’école (les deux premières années en école et les deux suivantes en entreprise).

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(1) A noter que pour la filière des électroniciens, la section CFC avec maturité intégrée est conservée.

(2) Actuellement, il y a en moyenne 50 jeunes par an qui obtiennent leur CFC dans l’une des quatre filières supprimées, mais il est nécessaire de créer davantage de places de places d’apprentissage au départ (abandons, échecs, etc.)

(3) Rapport du Conseil d’État au Grand Conseil en réponse à la motion du groupe socialiste 14.104 du 27 janvier 2014 « CFC en poche, et ensuite ? », du 10 février 2016

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