Mauvaise note pour Madame Crystel Graf à la tête du Département neuchâtelois de la formation

Le SSP déplore l’immobilisme de la Conseillère d’État en charge de la formation, qui n’a pris pratiquement aucune décision durant toute la législature et se réfugie notamment derrière la régionalisation de l’école obligatoire pour se décharger de ses responsabilités. Ceci alors que l’encadrement des élèves reste largement insuffisant et que le corps enseignant est de plus en plus surchargé et épuisé.

Après une législature, la section enseignement du Syndicat des services publics – Région Neuchâtel (SSP-RN) constate que le bilan de Madame Crystel Graf, cheffe du Département de la formation, des finances et de la digitalisation (DFFD), est très mince. Peu de dossiers pédagogiques ont avancé et aucun changement important n’a eu lieu, contrairement à ce que l’on observe dans d’autres cantons. La Conseillère d’État en charge de la formation n’a pris pratiquement aucune décision, alors que de nombreux chantiers étaient en cours.

Les quelques rares dossiers ayant progressé sont ceux pour lesquels une décision était nécessaire, comme la réforme de la maturité gymnasiale, à la suite de la décision du Conseil fédéral d’imposer une formation d’au moins quatre ans. Le Département a opté pour un modèle mixte [1] de manière unilatérale, sans consulter le comité de pilotage qui travaillait sur ce sujet depuis plusieurs années, pas plus que les syndicats qui soutiennent le modèle « 11+4 » et craignent l’introduction d’un modèle « 10+4 » déguisé. Une autre exception est la mise en œuvre en 2024-2025 d’un projet pilote d’école à journée continue en Ville de Neuchâtel, initié lors de la précédente législature, mais qui n’a pu se concrétiser que grâce aux nombreuses pressions et interventions du législatif cantonal.

D’autres dossiers patinent, comme celui de l’évaluation (notes chiffrées, codes, appréciations, etc.) : aucun changement notoire n’a été prévu pour adapter le système malgré le fait que tout le corps enseignant de l’école obligatoire ait été formé à une nouvelle manière d’évaluer les élèves.

Madame Graf mise avant tout sur l’éducation numérique, dont elle a fait son cheval de bataille, avec d’importants investissements à la clé. Cette stratégie s’effectue toutefois au détriment des principales problématiques auxquelles l’école est confrontée, comme le manque criant de moyens pour garantir un encadrement satisfaisant de l’ensemble des élèves mais aussi pour lutter contre l’épuisement professionnel et la pénurie du corps enseignant, qui ne sont pas pris en compte.

Lorsque notre syndicat remonte à Madame Graf les difficultés auxquelles le corps enseignant de l’école obligatoire est confronté dans sa pratique au quotidien, sa réponse est invariablement la même : « Je ne peux rien faire, c’est du ressort des cercles scolaires ». A quoi sert donc le Département de la formation, si sa cheffe se cache systématiquement derrière la régionalisation de l’école ? Cette réforme, instaurée en 2012, a octroyé une partie des compétences aux cercles scolaires, gérés par les communes ou par des syndicats intercommunaux. Toutefois, quand bien même ils disposent de certaines prérogatives en matière éducative, les cercles scolaires sont soumis à un cadre législatif cantonal. Malgré les différences de traitement des élèves entre les cercles scolaires, la Conseillère d’État semble n’avoir aucune intention d’ouvrir le chantier d’une éventuelle cantonalisation de l’école, laissant le soin au Grand Conseil et aux syndicats d’empoigner cet épineux dossier. Ce manque de courage politique face aux vrais problèmes de l’école ne peut dès lors que nous interpeller.

Le SSP dénonce aussi un manque de respect du partenariat social de la part de Madame Graf qui a supprimé de manière unilatérale, sans consultation préalable, plusieurs groupes de travail et comités de pilotage[2] sur des thématiques diverses. La disparition de plusieurs relais entre les autorités et les représentant-e-s du corps enseignant est pour le moins inquiétante en termes de représentativité et d’adéquation des décisions avec la réalité du terrain.

De manière paradoxale, cette attitude de fermeture face au partenariat social n’a pas empêché Madame Graf de lancer à fin 2023 des Assises de l’école obligatoire, un large processus participatif avec pour ambition de consulter notamment les acteurs et actrices-clés du monde de l'éducation afin de définir les grandes lignes de l’école obligatoire des dix prochaines années. L’enthousiasme du SSP pour ces assises a toutefois été de courte de durée, le corps enseignant, pourtant concerné au premier chef, ayant quasiment été exclu du processus. Nous attendons maintenant le rapport politique qui en découlera, en espérant qu’il n’accouchera pas d’une souris.

Par ailleurs, nous déplorons que durant toute la législature, de nombreuses revendications du SSP soient restées sans réponse, parfois même après avoir été approuvées lors de la précédente législature. En voici quelques exemples :

  • Nomination des enseignant-e-s après 2 ans dès 50% de poste (au lieu de 5 ans pour les activités entre 1/3 et 2/3 de poste) : cette demande a été acceptée lors de la dernière législature par l’ancienne Conseillère d’État, Madame Maire-Hefti, mais aucune suite n’y a été donnée durant ces quatre ans.
  • Diminution de la déduction salariale, actuellement de 15%, pour les enseignant-e-s n’ayant pas exactement le bon titre (comparativement aux personnes n’ayant aucun titre d’enseignement pour qui la déduction est également de 15%) : cette réflexion initiée sous Madame Maire-Hefti est également restée sans suite.
  • Effectifs des classes pondérés selon le nombre d’élèves à besoins particuliers : cette demande a été refusée par Madame Graf. Toutefois, grâce au travail de lobbying effectué par le SSP, un postulat allant dans ce sens a été accepté par le Grand Conseil.
  • Le bilan de la rénovation du cycle 3, que le Département aurait dû effectuer en début de législature, n’a toujours pas été présenté au Grand Conseil. Quant à la demande du SSP de profiter de ce bilan pour consulter le corps enseignant, Madame Graf l’a ignorée.

En conclusion, nous déplorons que le maître mot de cette législature ait été l’immobilisme de Madame Graf, son refus de discuter des problématiques de l’école obligatoire sous l’égide de la régionalisation et son manque de prise en compte de la situation réelle de l’école, avec un corps enseignant et des élèves en souffrance.

Au vu de ce qui précède, la section enseignement du SSP-RN conclut à la nécessité d’un changement à la tête du Département de la formation et ne soutient donc pas la candidature de Madame Graf au Conseil d’État.

La Chaux-de-Fonds, le 5 mars 2025


[1] Le modèle mixte, comme son nom l’indique, est un mélange du modèle « 10+4 » (10 années d’école obligatoire suivies de 4 ans de lycée) et du modèle « 11+4 » (11 années d’école obligatoire suivies de 4 ans de lycée)

[2] COPIL Harmos, enseignement spécialisé et rénovation du cycle 3 ; COPIL épuisement professionnel ; GT pénibilité administrative ; GT conditions d’accès au secondaire 2, COPIL évaluation et ses sous-groupes, etc.


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07.03.2025 Bilan législature: mauvaise note pour Crystel Graf à la tête du Département de la formation PDF (206,3 kB)