L’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! » vise à limiter la population résidente permanente, c’est-à-dire les personnes de nationalité suisse et les personnes de nationalité étrangère avec un permis de séjour de plus de douze mois. Elle justifie cette demande en énumérant plusieurs problèmes que rencontre la population, comme la difficulté à se loger ou l’encombrement des transports, et développe sur cette base une argumentation circulaire monomaniaque qui tourne au refrain incessant. Selon ce discours, l’origine de tous les problèmes est dû à un excès de population, lui-même causé par l’immigration. C’est une nouvelle variation sur la thématique xénophobe que l’UDC ne cesse de répéter avec entêtement, tant et si bien que nous votons en moyenne tous les 20 mois sur « les étrangers-ères ».
Les témoignages d’aujourd’hui ont pour but de dénoncer l’imposture du discours de l’UDC et de montrer les dégâts qu’une acceptation de cette initiative entraîneraient dans le monde du travail et parmi la population.
DES ARGUMENTS TROMPEURS
- Logement : l’initiative n’apporterait aucune amélioration
Une récente étude de l’ASLOCA a montré que près de 40% des locataires consacrent plus de 30% de leurs revenus à leur loyer. Il n’y a aucun lien entre l’augmentation des loyers et l’immigration. Les loyers n’ont pas cessé d’augmenter ces dernières années, même lorsque le taux de vacance était plus élevé qu’à l’heure actuelle. Cette situation trouve son origine, non dans la présence de la population migrante, mais dans le pouvoir sans limite des propriétaires immobiliers, dans la faiblesse de la protection contre les abus au niveau de la fixation des loyers et dans l’absence de véritable politique publique de construction de logements à loyer abordables.
L’UDC est à l’origine de nombreuses attaques contre les droits des locataires. Le comité d’initiative de « Pas de Suisse à 10 millions ! » compte 21 membres, dont 14 ont des liens directs avec le secteur immobilier, parmi eux, le président de l’Association des propriétaires.
Pour les locataires, rien ne sera résolu en votant pour l’initiative de l’UDC. Bien au contraire. D’une part, les conditions économiques de la population seraient fortement dégradées en cas d’acceptation de l’initiative. D’autre part, l’initiative encourage la division des travailleurs-euses et des locataires entre Suisse et étrangers-ères, ce qui empêche le combat commun pour améliorer les droits de chacun-e.
- L’initiative de l’UDC n’a rien à voir avec la durabilité
« Pas de Suisse à 10 millions » s’intitule frauduleusement « initiative pour la durabilité ». C’est une imposture totale ! L’UDC ne s’est jamais préoccupée du climat, elle s’oppose à l’Accord de Paris pour le climat, soutient le nucléaire et combat toutes les initiatives sur l’environnement. Elle refuse toutes les subventions pour les transports publics et soutient la construction de nouvelles autoroutes. Cela démontre clairement que l’argument de la «durabilité» n’est qu’une instrumentalisation.
Prétendre que l'immigration a un impact sur l'environnement et que limiter le flux migratoire permettrait de protéger nos ressources revient à occulter les moteurs du réchauffement climatique. Ces derniers sont liés à nos modes de production et de consommation plutôt qu'au nombre d'habitant-e-s en soi. Limiter la population n'impliquerait pas une meilleure utilisation du sol sans de vraies mesures visant à réduire l'empreinte au sol par habitant-e, comme une réforme des lois sur l'aménagement du territoire ou des mesures contraignantes pour sortir des énergies fossiles.
- La tromperie est intégrale
Attribuer la responsabilité du trop grand nombre d’élèves par classe à l’immigration revient à inverser la réflexion. Ce sont les politiques d’austérité budgétaires qui étranglent les services publics et les privent des moyens de satisfaire les besoins de la population.
De la même manière, la réponse aux encombrements sur les routes ou dans les trains est le développement des transports publics accessibles à la population et non la limitation de la population étrangère. Il découle de cela la nécessité de dégager des moyens financiers pour répondre aux besoins sociaux, ce à quoi s’est toujours opposée l’UDC qui souhaite démanteler toutes les politiques sociales.
L’ensemble des pseudo-arguments contenus dans l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! » reprend le même schéma inversant la causalité réelle et rendant la population migrante responsable de tous les maux de la terre.
En réalité, la population étrangère, ce sont nos collègues de travail, nos voisin-e-s, ce sont eux et elles qui font la Suisse en construisant sa richesse. Ils-elles seront les victimes de l’initiative si elle venait à être acceptée.
ATTAQUES XÉNOPHOBES ET ANTISOCIALES
- Asile
C’est, avec le regroupement familial, la première mesure prévue par l’initiative si la population suisse venait à dépasser 9,5 millions d’habitant-e-s avant 2050. L’impact de l’asile sur l’accroissement de la population est insignifiant, mais il fait partie des cibles favorites du venin xénophobe de l’UDC. Les conflits militaires et les États autoritaires se font toujours plus nombreux, le besoin de trouver refuge est donc accru. Or, la Suisse, sous l’impulsion de l’UDC, en fait de moins en moins dans ce domaine: jusqu’en 2012, elle accueillait environ 6% des demandes d’asile en Europe, depuis 2015, cette part a été divisée par deux.
L’initiative prévoit explicitement une impossibilité de changer de permis pour les « admis provisoires » (Permis F), ce qui aurait pour conséquence de les maintenir dans la précarité avec ce permis qui freine notamment l’accès au marché du travail.
S’attaquer aux réfugié-e-s revient à s’attaquer aux plus fragiles et cela prépare systématiquement celles contre d’autres catégories de migrant-e-s. Même ceux et celles qui vivent et travaillent en Suisse depuis des décennies se trouvent mis sous pression.
- Regroupement familial
L’initiative propose également de prendre des mesures en matière de regroupement familial. Cela signifie remettre en question un droit fondamental garanti par la Convention internationale relative aux droits de l’enfant et nous rappelle les heures honteuses des «enfants du placard» du temps du statut de saisonniers-ères, des travailleurs-euses qui ne pouvaient être en Suisse que pour travailler et n’avaient pas le droit de faire venir leur famille. Les femmes étant particulièrement touchées. L’inhumanité de ce statut a entraîné la clandestinité pour plus de 50 000 enfants en Suisse, qui devaient vivre caché-e-s et étaient déscolarisé-e-s. Cette période est une honte pour notre pays, elle ne doit pas se répéter.
- Attaques contre l’ensemble des salarié-e-s
L’initiative UDC veut limiter la population résidante permanente, ce qui correspond aux personnes de nationalité suisse et celles de nationalité étrangère avec un permis de séjour de plus de douze mois. C’est donc la population ayant droit à un minimum de stabilité (fort variable selon les différents types de permis) dans notre pays qui est visée. Il s’ensuit que l’UDC préconise de développer des contrats de travail pour personne avec permis de courte durée, à savoir les frontaliers-ères, les permis L (séjour de trois mois à une année) ou les travailleurs-euses détaché-e-s. Autant de statuts précaires et dépourvus de droits sociaux (comme le droit au chômage). Pour l’ensemble des salarié-e-s, Suisse ou étrangers-ères, la présence d’une couche de salarié-e-s dépourvu-e-s de droits aura pour conséquence de fragiliser leur situation et leurs droits. Les mécanismes de mise en concurrence sur le marché du travail attaqueront ainsi les droits de toutes et tous.
Par ailleurs, le texte de l’initiative de l’UDC prévoit, si la population dépasse 10 millions d’habitant-e-s, la renégociation, voire la dénonciation, des accords de libre circulation des personnes. Cela entraînerait la remise en question à très brève échéance des mesures de contrôle du marché du travail contre le dumping salarial, alors qu’il faudrait au contraire les développer pour protéger davantage les salarié-e-s suisses et étrangers-ères.
Si l’UDC se vend comme le parti du peuple, elle est en réalité le parti des grands patrons, à l’image de la famille Blocher-Martullo qui a fait fortune sur le dos des ouvriers-ères, dont beaucoup d’immigré-e-s (l’entreprise Ems Chemie holding emploie plus de 2800 personnes dans le monde, avec des sites de production en Suisse – où elle emploie également des immigré-e-s – et dans une douzaine de pays). L’UDC vote systématique contre les intérêts des salarié-e-s. Elle s’oppose aux salaires minimaux cantonaux (avec le reste de la droite) et veut démanteler toutes les mesures de protection de salaire, y compris les Conventions collectives de travail auxquelles l’UDC reproche de prévoir des salaires minimaux !
- Attaque contre l’ensemble de la population
La situation du secteur de la santé est particulièrement préoccupante. Comme dans de nombreuses autres branches, les immigré-e-s sont nombreux-ses à y travailler (un- membre du personnel soignant du 3, voire davantage en Suisse romande). Déjà à l’heure actuelle, la pénibilité du métier dû à l’absence valorisation conduit toujours plus de soignant-e-s à quitter la profession. La pénurie menace. Pour y remédier, il faut améliorer de toute urgence les conditions de travail du personnel soignant, ce que se refuse à faire l’UDC.
Les besoins en professionnel-le-s de santé vont fortement augmenter ces prochaines années, notamment en matière de soins aux aîné-e-s. L’acceptation de l’initiative UDC va soit renforcer encore davantage la pénurie de personnel soignant, soit conduire à avoir recours à des salarié-e-s précaires avec des permis de courte durée, sans droits sociaux. Dans les deux cas, les soins aux patient-e-s seront dégradés. Nous en paierons toutes et tous le prix.
NON LA DIVISION, NON À L’INITIATIVE UDC
D’une manière générale, l’initiative « Pas de Suisse à 10 millions ! » travaille à la division entre personnes de nationalité suisse et personnes de nationalité étrangère. Or, la Suisse ne serait pas ce qu’elle est sans les migrant-e-s qui travaillent sur nos chantiers, dans nos hôpitaux et nos EMS, qui nettoient nos locaux, etc.
L’UDC tente d’alarmer la population en alignant les chiffres de la croissance de la population. Or, les personnes qui vivent en Suisse sont venues pour y travailler. Si on fait abstraction de l’immigration, l’accroissement naturel (naissances moins décès) de la population a été de 375 000 personnes environ de 2000 à 2024. Durant la même période, 1,3 million de nouveaux emplois ont été créés en Suisse, le recours à l’immigration a donc été rendu nécessaire par le développement économique. Sur 1,55 millions de migrant-e-s de 2000 à 2024, presque la moitié est venue travailler (48%), 31% est présente au titre du regroupement familial et 11% pour étudier.
Les chiffres parlent par ailleurs d’eux-mêmes : 41% de la population est issue de la migration, un tiers des mariages sont des mariages mixtes. Dès lors, les étrangers-ères sont avant tout nos collègues et font partie de la Suisse.
Un oui à l’initiative de l’UDC ne résoudrait aucun des problèmes que soulève l’UDC et auxquels elle fournit des réponses trompeuses et xénophobes. Par contre, un oui le 14 juin fragiliserait l’ensemble des salarié-e-s, en commençant par les migrant-e-s, et aurait des conséquences économiques difficilement prévisibles. Dire NON à cette initiative est impératif !
Comité unitaire syndical et politique neuchâtelois contre l’initiative du chaos l’UDC
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| 13.05.2026 | Communiqué presse - comité NE contre initiative "Par de Suisse à 10millions" | PDF (103,9 kB) |
